COMBAT POLITIQUE
Publié le 15 Novembre 2011
Et voilà le procès des agences de notation relancé. En 2007, elles s'étaient montrées d'une remarquable cécité en ignorant la bombe des subprimes. Est-ce pour se faire pardonner qu'elles font du zèle ? Keynes, qui avait de l'humour, disait qu'en économie, « vous ouvrez le parapluie et il se met à pleuvoir ». C'est ce qu'on appelle les « prophéties autoréalisatrices » et, sur ce point, ces agences méritent le triple A. Ou le bonnet d'âne, c'est selon.
Bien sûr, il n'y a pas de fumée sans feu. Si la bourde, dont S & P s'est excusée, a tant d'écho, c'est que les plus gros doutes planent sur les chances de la France de sauver ce « trésor national » déjà placé sous surveillance par l'agence Moody's. L'état des finances françaises a tant fragilisé le AAA que la planète finance sait ce qu'il vaut vraiment : un simple AA, comme en témoigne l'écart croissant entre les taux allemands et français sur le marché de la dette.
Est-ce une raison pour ajouter un boulet à un pays qui vient de faire un second plan de rigueur ? Que la dette de la France soit excessive et qu'on ne guérisse pas un malade en cassant le thermomètre, personne ne le conteste. Mais on sait aussi que les notes infligées par le monopole des trois agences sont l'outil utilisé par tous les gestionnaires de fonds pour « arbitrer » entre les risques ; et que ce système encourage le moutonnisme des marchés en marquant du sceau d'infamie des obligations d'État qui faisaient figure il n'y a pas si longtemps de placements de père de famille.
La colère de Paris est partagée à Bruxelles. Réaliste, la Commission a renoncé à créer sa propre agence pour ne pas donner le sentiment que l'Europe veut échapper au jugement des marchés. Mais elle est décidée à sévir, y compris par des poursuites en justice. Et si la nouvelle affaire S & P était la goutte qui fait déborder le vase, ce ne serait sans doute pas un mal.
christophe lucet c.lucet@sudouest.fr
La colère de Paris est partagée par la Commission de Bruxelles qui va sévir contre les agences de notation.
Mais nous pouvons nous poser la question suivante:Est-ce une bourde ou la réalité cachée?
Bourde de Standard and Poor's : une fausse alerte révélatrice
Pour les marchés, « la note de la France est autour de AA, deux à trois crans au-dessous de sa note officielle », estime le chercheur Norbert Gaillard du même journal à savoir
Sud-Ouest