LA RURALITE
Publié le 3 Septembre 2011
Pour que nos enfants puissent choisir le coin de France où ils souhaitent vivre !
La société industrielle avait dépeuplé les campagnes, La société numérique peut aider à les repeupler !
Les débats de Ruralitic 2011 ont permis de faire un pas de plus vers cette vieille « conviction » des Webs du Gévaudan basée sur une « évidence » maintes fois répétée ici « l'économie de la connaissance est la SEULE dont la matière première, l'information, soit potentiellement disponible partout » , Nous sommes loin d'avoir tiré toutes les conséquences de ce simple constat , Ruralitic a peut-être permis de le mettre sur la table, c'est déjà çà !
1- Des signes encourageants
-un renversement de tendance depuis quelques années où l'on assiste à un frémissement dans le repeuplement des campagnes et un début d'exode urbain
-une envie de campagne : 1 urbain sur 2 souhaite vivre à la campagne (enquête de Familles rurales)
- une forte demande de très haut débit par les maires ruraux : selon une récente enquête de l'AMRF dont le « cœur » des réponses provient de « jeunes » maires ( élus en 2008) de communes de 100 à 1000 habitants , la demande de très haut débit à détrôné la demande d'école, une sacrée révolution ! Il ressort de cette enquète que « Près de 95 % de l’échantillon considère que l’arrivée du très haut débit dans leur commune doit être possible au plus tard dans cinq ans. Bien avant l’objectif fixé par l’Etat de relier « 100 % des foyers en 2025 » !
2- Repeupler les campagnes par le numérique !
-l e numérique peut créer des emplois directs pour les travailleurs de l'économie quaternaire dont certains font aujourd'hui des heures de trajet pour se rendre sur leur « lieu » de travail : une chaise et un micro ordinateur ! Nous pointions déjà cette absurdité dans une réunion des Webs du Gévaudan en avril 2005 !
-ces emplois sont porteurs de croissance
-le numérique génère des emplois indirects dans tous les domaines : santé, éducation, artisanat, agriculture, petit commerce
-l'arrivée du très haut débit ne suffira bien évidemment pas à repeupler les campagnes ! Mais elle sera, selon nous, l'élément clé qui provoquera un déclic de prise de conscience de certaines évidences : on réfléchit mieux à la campagne, on ne s'ennuie pas à la campagne (cf le nombre impressionnant d'associations présentes dans les villages), on peut se loger à la campagne ( cf le nombre de résidences secondaires « reconvertissables » pour nos enfants en maisons principales ) , on se nourrit mieux à la campagne… on vit mieux à la campagne !
3- Du rêve à la réalité !
Le repeuplement des campagnes par les travailleurs de l'économie de la connaissance et les emplois indirects qu'ils génèrent ne sera possible qu'à une double condition ( pour faire court!)
a) l'abandon du raisonnement traditionnel jugeant les 30 milliards nécessaires au fibrage de la France à la seule « aune » de la rentabilité économique ! En prenant ce seul critère en compte le retour sur investissement ne se mesurerait à l'évidence que sur du long terme, « mesure » totalement incompatible avec la stratégie des opérateurs privés, Les autres aspects ,qualitatifs certes mais tout aussi importants, voire plus aux yeux de certains, pour la vie de nos concitoyens, seraient, eux, immédiatement perceptibles. La révolution numérique est une révolution économique certes mais n'est-elle pas d'abord une révolution sociétale, sociale et environnementale … une révolution globale ? Ce nécessaire « recul » ne devrait-il pas faire réfléchir nos décideurs « effrayés » par les 30 milliards du très haut débit ? Heureusement ils ne le sont pas tous ! Le sénateur Philippe Leroy nous a rappelé fort opportunément que des budgets plus « traditionnels » (transports , assainissement etc,,)étaient votés tous les ans sans « émotion » alors qu'ils représentaient des centaines de milliards ! La révolution numérique doit être aussi, à l'évidence, la révolution des esprits !
b) la construction d'un réseau unique mutualisé . Nous avons à plusieurs reprises insisté sur cette autre « évidence » tout en tentant de dissiper toutes les ambiguïtés d’une telle « appellation » Tout le monde reconnaît aujourd'hui que la concurrence par les infrastructures n'a aucun sens ; elle constitue même, en caricaturant à peine, une entrave à la vraie concurrence, celle sur les services. Seul un réseau unique permettra aux ruraux d'avoir accès à tous les services actuels (quasi inexistants car le FTTH n'a pas encore décollé ) et surtout futurs, services inimaginables pour des esprits non préparés à cette révolution et qui se sont trompés lourdement dans le passé ! Quand on réalise le volume de ce qui passe aujourd'hui dans les tuyaux en une minute ,ce que personne n'avait prévu on n'hésite pas une seconde ! Les services de demain nécessiteront obligatoirement des tuyaux puissants, symétriques et extensibles et comme ce sont les citoyens les plus éloignés des services physiques qui auront le plus besoin de ces services électroniques innovants le doute n'est plus permis : il faut commencer à fibrer la France par les campagnes comme a commencé à le faire le département de l'Ain , même s'il s'agit en l’occurrence d'une approche atypique non soutenue, c'est le moins qu'on puisse dire, par les opérateurs nationaux ! A Auxillac, mon village, qui mérite bien un « clin d'oeil proustien », j'ai besoin d'avoir à ma porte tous les opérateurs de services internationaux, nationaux et locaux, ces derniers, ( peut-être les plus importants à l'avenir ? )restant à créer ! Seul un réseau unique de très haut débit pourra les amener à ma porte et à celle de tous les villages de France . Que ce réseau unique soit construit par tel ou tel n'est pas notre problème, l'essentiel c'est qu'il existe... et vite !
4- les « outils » pour construire un réseau unique mutualisé dont les ruraux ont besoin
Deux voies possibles :
a) les outils actuels « améliorés »
-le cadre juridique a sensiblement évolué : loi sur la confiance en l' économie numérique de 2004, loi de modernisation de l'économie en 2008, circulaire du premier ministre sur les SDAN en 2009 et loi Pintat qui donne force de loi aux SDAN et crée le FANT, en 2011 annonce des conditions d'accès au grand emprunt pour les zones A et B (pas les zones rurales!) en avril, publication de l'offre PRN par l'Arcep en juin, enfin, circulaire du premier ministre sur les commissions régionales en août 2011
-il semble néanmoins qu'il reste beaucoup à faire, même dans le cadre des « outils actuels » , ne serait-ce que pour reconnaître aux collectivités locales un rôle d'opérateurs à part entière . C'est le sens d'un Mémorandum lancé par des élus de tous bords dont le sénateur Philippe Leroy lors de Ruralitic
-Quant à l'alimentation du FANT, le « nerf de la guerre » le compte n'y est pas ! Quelques semaines après le vote de la loi Pintat , le sénateur Hérisson avait dit aux participants de Ruralitic 2009 : « nous cavons créé un fond d'aménagement numérique du territoire mais nous avons oublié de l'alimenter ! » Deux ans après, aux millions du grand emprunt près V/S les 30 milliards nécessaires, c'est toujours le cas ! A cet égard le vote de la loi Pintat par l'assemblée nationale a été une occasion manquée comme nous les pressentions à l'époque , les députés préférant alors focaliser leurs débats sur la TNT ! Or ce sont bien à nos représentants naturels, les parlementaires, qui ne cessent de comparer l'arrivée du très haut débit à celle de l'électricité, à mettre des actes derrière ces belles paroles, en l’occurrence, voter une loi de péréquation nationale comme l'ont fait leurs prédécesseurs pour l'électricité, loi que les Webs du Gévaudan demandent depuis toujours et encore tout récemment ! -
b) de nouveaux outils ?
La problématique du très haut débit est très différente de celle du haut débit. Pour « installer » le haut débit en France il s’agissait d’exploiter au mieux un réseau existant . Avec la fibre optique l’heure n’est plus à la régulation d’un réseau existant mais à la construction d’un nouveau réseau . Les outils ne peuvent à l’évidence pas être les mêmes ! Pouvait-on faire la guerre de 1940 avec les armes de 1914 ? La réponse est dans la question !
S'agissant aujourd'hui de l'aménagement numérique de la France du 21ème siècle c'est le mode de vie de nos enfants qui est en jeu ! N'est-il pas temps, pour la puissance publique, seule représentante des citoyens, de prendre le pouvoir ?
-l'Etat via le gouvernement et le parlement en tant qu'architecte de la future « maison fibre France »,doit définir, un cahier des charges précis, s'assurer de la cohérence nationale des travaux pour construire un réseau puissant et homogène et éviter tout gaspillage d'argent public et prévoir, pour les zones rurales leur financement par une loi de péréquation nationale.
-les collectivités territoriales qui doivent pouvoir être non seulement opérateurs à part entière mais qui doivent disposer de tous les moyens pour, comme l'a dit à Ruralitic le président Souchon, « mettre de la fibre partout où nous avons un réseau téléphonique »
5- Mettre le très haut débit à la campagne … dans la campagne électorale !
Contrairement à d'autres pays comme l'Australie la France a pris l'option « marché » pour son programme national très haut débit Même fortement régulé cette option permettra -t-telle d'atteindre les objectifs ? Nous émettons les plus grands doutes et nous ne sommes pas les seuls, Le sénateur Maurey lui même dans son rapport de 2010 émettait quelques inquiétudes «
« On ne peut donc pas exclure que l’approche retenue par le Gouvernement, découlant de la volonté de confier principalement l’initiative du déploiement des réseaux aux opérateurs privés, n’offre pas toutes les garanties d’un déploiement rapide et homogène sur l’ensemble du territoire, surtout si l’initiative privée s’avère moins dynamique qu’escompté » , Le 6 juillet 2011, dans un rapport signé à l'unanimité par ses collègues il tire la sonnette d'alarme « la France est en passe de manquer le virage du numérique et le retard qu'elle prend risque de s'avérer rapidement irréversible »
Que préconiser ? Poursuivre dans la voie retenue en l'améliorant ses « fragilités » ( rôle des collectivités territoriales, alimentation du Fant, règles plus contraignantes pour les opérateurs etc,,,) ou doit-on changer radicalement de cap au risque de geler provisoirement toute initiative ? Ne faut- il pas parfois savoir ralentir pour mieux rebondir ?
Quoi qu’il en soit il est temps de demander à chaque candidat de faire des propositions concrètes et chiffrées pour permettre à chaque citoyen de se déterminer en connaissance de cause ,,,et, plus tard, permettre à nos enfants de choisir le coin de France où ils souhaitent vivre !
Vivre au pays ! |